Avec un peu de retard !
Lilith, mère des démons
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore,
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux,
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux, l’Horreur n’est pas le moins charmant ;
Et, le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton sourire,ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, - fée au yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
L'œuvre de Tim Burton est homogène : noire. Tous ses films sont des songes éveillés où la réalité est une aberration et l'imaginaire une échappatoire. A chacun des personnages de ses films, le metteur en scène tourmenté donne un peu de sa personnalité : le justicier Batman et ses adversaires ; Edward aux mains d'argent ; Jack l'épouvantail ; Ed Wood, réalisateur décrié ; Vincent, l'enfant qu'a probablement été Tim Burton… Le personnage du monstre rejeté par la société est récurrent chez Burton. Il lui permet de vilipender l'Amérique conservatrice et ses allées de maisons colorées, façades masquant les rancoeurs et les bassesses les plus méprisables. Flagrant dans Edward aux mains d'argent, mais aussi dans Mars Attack, Beetlejuice…
Mais surtout, Tim Burton est un conteur, avec des images pleins la tête (se référer au contes de fée Sleepy Hollow & L'étrange Noël de Mr Jack et à l'adaptation prochaine de Charlie et la chocolaterie). Macabre ? On peut dire ça comme ça. Gothique ? Le terme pourrait sembler péjoratif. Génial ? Assurément. Mais surtout passionné. Passionné de films d'horreur auxquels il rend de vibrants hommages avec Ed Wood et Sleepy Hollow. Passionné de SF cheap avec son Mars Attack, une comédie volontairement 'ringarde' -un choix artistique incompris et qui l'a transformé en gouffre financier- et de SF culte comme avec son remake de La planète des singes, de l'avis de tous son film le moins réussi car sous la houlette de producteurs imposants. Passionné par les monstres de foire -Frankenweenie, les vilains de Batman, les extraterrestres de Mars Attack- et autres spectres -Beetlejuice, Sleepy Hollow.
Mais Tim Burton est aussi un excellent directeur d'acteur : il transforme le bien propre sur lui Michael Keaton en ectoplasme dément et en justicier tourmenté, Johnny Depp en automate paysagiste et en metteur en scène raté, Christopher Walken en industriel vaniteux et en cavalier étêté et entêté. Tim Burton est un escamoteur, un illusionniste, un magicien qui, à la différence d'un Lucas ou d'un Spielberg, a su préserver sa fibre artistique intacte